Posts Tagged ‘XXe siècle’

Le rémouleur par Armand Bouxin

4 septembre 2015

Au fil des siècles, dans tous les pays, les rémouleurs ont très souvent fasciné les artistes : dessinateurs, peintres, graveurs, sculpteurs. Ce blog en a régulièrement présenté, plutôt des moins connus, voire des inconnus. Aujourd’hui, Philogène a choisi de faire découvrir à ses lecteurs un artiste français peu connu.
Armand Bouxin est né à Reims (ville dont une rue porte son nom) en 1880. Il fut pupille de Félix Régamey à l’École des Arts Décoratifs de Paris. Il exposa régulièrement au salon des Artistes français dont il était membre. Ses travaux se partagèrent entre peinture et lithographie, d’où sa qualité de membre de l’Association Française des Artistes Lithographes. Il disparut en 1972 à l’âge de 92 ans.

Armand-Bouxin-Le-Remouleur-1917

Son rémouleur, gravé en 1917, fait penser aux photos de Eugène Atget, cela parce que le banc de l’un et de l’autre sont quasiment de la même époque. C’est un banc lourd avec une énorme meule, dont le déplacement était assuré par de grandes roues. L’attitude du rémouleur est assez bien vue, son environnement est neutre, on ne peut que regarder l’homme et la machine.
– Tirée à 250 exemplaires, la litho mesure 22 x 17cm à la cuvette.
– Elle porte le N° 236/250.
– Voir sur ce blog un rémouleur par Eugène Atget (lien direct).

L’enfant « arrotino » de Naples (2)

30 août 2014

Philogène Gagne-Petit avait publié il y a quelques années cette carte postale en noir et blanc. La revoici aujourd’hui mais cette fois en couleurs. Le texte est presque le même que celui publié le 6 avril 2010. La carte postale ci-dessous a été expédiée en 1918.
C’était au début du XXe siècle. Le travail des enfants était peu ou pas encore réglementé. Déjà, bien avant la révolution industrielle, les familles modestes des zones rurales (campagne, montagne) devaient, pour survivre, mettre au travail leurs jeunes enfants. Il en fut ainsi des petits ramoneurs, enfants loués ou vendus par milliers à de redoutables patrons, véritables exploiteurs pour la plupart. Si l’image des petits ramoneurs est répandue, celle des petits rémouleurs l’est moins. En voici néanmoins un témoignage : un jeune garçon de la région de Naples.

Arrotino-Napoli-en-couleurs

Dans son livre AU PAYS DES ÉMOULEURS, Henri Amblès note qu’en Lorraine les enfants partaient en campagne vers l’âge de 11-12 ans, accompagnant qui un père, qui un oncle, qui un patron… On les appelait alors des mousses. Peut-on imaginer aujourd’hui les conditions dans lesquelles ces enfants vivaient sur le trimard, faisant des centaines de kilomètres à pied, dormant souvent à la belle étoile, pendant des mois loin de leur famille ?
Cette photo italienne est un témoignage poignant, quasiment unique. Elle fut utilisée en 1994 (en noir et blanc) comme image choc de l’affiche de l’exposition La petite histoire du rémouleur présentée par le Musée de la Coutellerie de Thiers.
Pour visiter le site du Musée de la Coutellerie de Thiers : sur la colonne de droite, aller à la rubrique Philogène aime ces sites.
Note :
en 2002,
 un rapport de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) donne une estimation pour l’année 2000 de 211 millions d’enfants travailleurs dans le Monde, ayant entre 5 et 14 ans (Source : Wikipedia).

Royaume Uni – Knife grinder – Minimaliste !

22 août 2014

Il n’est pas nécessaire d’avoir un énorme banc avec plusieurs meules et tout le reste… Ce rémouleur anglais nous en fournit la preuve : il suffit d’un petit touret à meuler et d’une bicyclette. Cette belle photo de Bill Douglas date du début des années 70.
Responsable de la Cotswold Community, Monsieur John Whitwell l’a publiée sur son site. Il se souvient de cet homme, dont il a oublié le nom, qui venait chaque année à la Cotswold Community. Il pense qu’il n’est plus venu vers la fin des années 70. John Whitwell aime beaucoup cette photo, si quelqu’un pouvait lui donner des renseignements sur cet homme, rémouleur (Qu’est-il devenu ? Est-il encore vivant ? etc), il serait très heureux.
– Visiter le site de John Whitwell et voir la photo, encore plus belle en grand format, en cliquant ICI.

England-knife-grinder-années-70'-remouleur

Le rémouleur de Bordeaux

20 juillet 2014

Bordeaux est l’une des grandes villes de France. Surnommée « la belle endormie », elle a retrouvé depuis quelques années une dynamique saluée unanimement. Cela en grande partie grâce au réseau du tramway mis en place depuis 2003 et sans cesse amélioré. Bien sûr, Bordeaux est aussi la capitale d’une région vinicole mondialement connue.
Il ne fallait pas être endormi ni trop adepte du vin local (ou d’ailleurs…) lorsqu’on était rémouleur au début du XXe siècle à Bordeaux. C’est l’idée que semble nous transmettre cette photo imprimée sur une carte postale expédiée en 1912.

Remouleur-knfe grinder-scherenschliefer-arrotino-amolador-afilador-messer Schleifer-

Le banc de rémoulage paraît assez robuste et lourd. Le rémouleur est un gaillard assez trapu. Il ne fallait pas être un gringalet pour travailler avec cette machine dans les rues de la ville !
Outre les roues de type charrette, la roue d’énergie est d’un bon diamètre avec une jante de taille. Il semble qu’il y ait plusieurs meules sur le même axe, protégées par un imposant carter. Un tube est fixé sur le côté : ça pourrait être un étui pour protéger les parapluies à réparer, voire un logement pour une toile que l’homme montait en cas de soleil ou de mauvais temps. Beaucoup de suppositions…
Cette belle carte postale est un document précieux pour l’histoire des rémouleurs en France.

 

Mexico : afilador au siècle précédent

27 juin 2014

Philogène Gagne-Petit n’est jamais allé au Mexique mais l’une de ses filles lui a rapporté il y a quelques années une brochure intéressante rassemblant des photos des petits métiers que l’on rencontrait au XXe siècle dans les rues de la capitale : Mexico. Comme en Europe, beaucoup de métiers étaient présents, des traditionnels aux plus insolites : vendeurs de crécelles, évangélistes, porteurs (sur le dos) d’énormes balles de paille, marchands d’oiseaux (canaris), musiciens de toutes sortes dont joueurs d’orgue de barbarie, etc.
Et bien entendu, les couteaux en inox n’existant pas encore, les rémouleurs avaient du travail. La photo ci-dessous en témoigne.

Afilador Mexico Espejos del siglo XX

Le banc de cet afilador semble lourd, il paraît donc exclu qu’il le porte sur le dos. En conséquence on peut penser qu’il le bascule de 90° vers l’avant afin d’utiliser la roue d’énergie comme roue de déplacement. Un procédé de mobilité souvent utilisé en Amérique latine (Cf nos deux récents articles). La photo n’est pas suffisamment détaillée pour que l’on puisse distinguer ses outils et ses accessoires. D’après les véhicules en circulation, on peut situer la scène dans les années 60 comme l’indique ie catalogue placé à la fin du livre. La photo est légendée : le rémouleur vient de siffler, allusion sans doute à la flûte de pan utiliée couramment par les rémouleurs en Amérique latine.

Références du livre : Ciudad de México – Espejos del sigle XX – José Joaquin Blanco – Ediciones ERA, 2004.

La solitude du rémouleur, de René Leverd

16 juin 2014

Son père fut son premier maître, par la suite il en eut d’autres dont Jobbé Du Val, ce dernier connu entre autres pour un dessin de rémouleur. Robert Leverd (1872-1938) exposa ses œuvres dès 19 ans. Nanti d’une solide formation artistique, il exerça néanmoins les métiers les plus variés, dont reporter, avant de s’installer dans le sud de la France. Il se spécialisa alors dans l’aquarelle, domaine dans lequel il excella, produisant des milliers de croquis au fusain, au crayon et à la plume.

René Leverd Rémouleur

Ce dessin au crayon (dont on voit encore les traces) réhaussé à l’aquarelle d’un rémouleur est un beau cadeau que René Leverd nous a laissé. On est en ville, témoin le fût du lampadaire ainsi que la grisaille environnante, et pourtant on ne voit rien autour… Est-ce pour exprimer la solitude du rémouleur ? Légèrement penché sur son métier, vêtu d’une redingote et d’une casquette sombres, emmitoufflé, l’homme est concentré sur son ouvrage. L’outil de travail est simple, porté sur le dos lors des déplacements, les sangles l’attestent.
En résumé, une œuvre forte, un bel hommage aux rémouleurs, les hommes que nous honorons depuis longtemps ici.

– Collection particulière.
– Voir un autre article de ce blog sur la solitude du rémouleur ICI .

Rémouleur brésilien à Rio – Début du XXe siècle

6 juin 2014

La Coupe du Monde de football commence dans six jours au Brésil.
Philogène Gagne-Petit a sorti de ses archives une carte postale (Bilhete Postal) du début du XXe siècle légendée « O amolador no Rio de Janeiro ». Elle a été envoyée de cette ville le 24 octobre 1906 à destination de Paris.

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Le banc semble lourd mais néanmoins mobile assez facilement. On voit pour cela une grande roue qui sert uniquement pour les déplacements. Une autre roue, concentrique, est utilisée comme poulie. Elle ne touche pas le sol pendant les trajets. Elle reçoit une courroie de transmission qui actionne une autre poulie sur l’axe de laquelle est montée la meule. La grande roue est commandée par une pédale, le mouvement est entretenu grâce à un excentrique bien visible. Le rémouleur enserre une grande barre inclinée, cela l’aide sans doute pour la stabilité. En fait cette barre est utilisée pour diriger et maintenir le banc lors des déplacements, celui-ci étant alors basculé à 90° vers l’avant. Remarquer enfin un petit étau placé sur le bâti, au-dessus de la grande roue.

– Collection particulière.

Festival de roues : de scharensliep, Pays-Bas.

29 mars 2014

Depuis que la photo existe, c’est-à-dire 1839 officiellement, il y a toujours eu de bons photographes, des gens qui savent saisir l’instant décisif (*). Comme celui qui, aux Pays-Bas au début du XXe siècle, a fixé sur une plaque photographique cette rencontre entre une nourrice et un rémouleur. Quelle élégance et quelle légèreté pour ce landau à côté du banc énorme, robuste, lourd, du repasseur. Et cette grande roue d’énergie qui en impose ! Au milieu, presque fragile, il y’a l’enfant que le rémouleur a fait monter sur son métier, c’est sur lui que sont dirigés les regards, y compris semble-t-il, celui du nourrisson qui est dans le landau. Une belle scène de rencontre, de vie, de relations humaines.
Non, le rémouleur n’était pas toujours un coureur de jupons. De par son métier, c’était un homme de rencontres, c’est cela qui lui valait l’estime de la population.

Pays Bas Remouleur Vers 1920

(*) – Référence à Henri Cartier Bresson dont l’œuvre photographique fait l’objet d’une rétrospective au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 9 juin 2014.
– Scharensliep : rémouleur en néerlandais.