Posts Tagged ‘XIXe’

Inapte à un travail suivi : tu seras rémouleur !

14 février 2014

Le rémouleur, c’est le titre d’une histoire imprégnée de morale chrétienne qui est racontée dans le journal La semaine des familles du samedi 20 août 1873.
Jérôme, le héros, jeune orphelin de père et de mère, est recueilli par un généreux abbé. Il part à Paris à la recherche d’un oncle qui a réussi. Après maintes péripéties, d’oncle riche il ne retrouve point. Alors qu’il est adulte, quelque peu instable, il retrouve l’abbé qui constate que Jérôme est inapte à un travail suivi et donc l’encourage dans son désir de devenir rémouleur : plus belle la vie ! Jérôme le rémouleur adopte ensuite un enfant puis un chien et les voila partis tous trois sur les routes de France.

Rém Semaine des familles 1873

L’histoire est illustrée par cette belle gravure réalisée probablement sur commande. Dans un paysage quelque peu désolé au loin duquel monte la fumée d’un feu de bûcherons, on aperçoit quelques silhouettes de maisons et même un clocher. Jérôme le rémouleur et ses deux compagnons sont bien présents, tous au travail pour faire avancer le banc d’affûtage sur un chemin irrégulier. Un banc de type brouette assez étonnant comme on pouvait sans doute en voir fréquemment à cette époque de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Remarquons encore une sorte de baluchon posé juste derrière la roue de la brouette, s’agit-il de quelques outils ou bien des effets personnels de Jérôme et de l’enfant ?
Plus belle ou plus dure la vie ?
– En bas de la gravure apparaît un nom : DELANGLE.
– Dans le coin en bas à droite, deux initiales : GR.
– Dimensions de la gravure : 13,5cm x 9,5cm
– Format du journal : largeur : 19,5cm – Hauteur : 29cm.

Publicités

Le repasseur – Nord de la France – 1853

23 mai 2011

Conservée à la Bibliothèque Municipale de Lille, cette photo, à n’en pas douter, a été prise dans le Nord de notre pays au milieu du XIXe siècle..
En volume, le banc de ce rémouleur n’a rien à voir avec celui, néerlandais et roulant, de notre article précédent.
Celui-ci est un banc porté : lors de ses déplacements l’homme va le porter sur le dos. Le banc doit donc être un maximum ramassé sans être trop lourd. Il est fait de pièces de bois trouvées ici et là, peut-être est-ce le rémouleur lui-même qui l’a fabriqué. La courroie reliant la grande roue d’énergie à une poulie sur l’axe des meules est croisée. Il semble qu’il y ait effectivement plusieurs meules (dont une en porte-à-faux à la gauche de l’homme), chacune de grain spécifique correspondant aux différentes phases de l’aiguisage : ébauche, aiguisage, finition et même polissage selon les lames à traiter. À un angle est installée une petite enclume et en dessous un coffre pour ranger outils et chiffons pendant les déplacements.

Rém 1853 Bb Mun Lille

Le personnage est caractéristique de l’époque par sa tenue vestimentaire en particulier la casquette. Ses rouflaquettes finissent le tableau ! Son travail ainsi que son alimentation sans doute lui permettaient de garder la ligne…
Il est probable que la photo ait été posée et mise en scène. À priori la roue ne tourne pas. C’est qu’en 1853 la Photographie était balbutiante et le sujet devait garder la pose plusieurs secondes voire davantage.
– Photo © Bibliothèque Municipale de Lille. Épreuve sur papier salé.
– Format : 19,9 x 13,4 cm sur une planche de 55 x 39 cm.
– Extraite des Études photographiques éditées par Blanquart-Évrard en 1853,

1870, aux États-Unis

10 février 2011

Son nom est inscrit à l’entrée du Metropolitan Museum of Art de New York City car il en fut le cofondateur. Eastman JOHNSON (1824-1906) était un peintre américain. Outre des portraits des grands hommes de son temps, il se consacra à peindre la vie quotidienne du peuple de son pays. Réaliste il le fut : à la fois par les sujets qu’il peignit ainsi que par le style qu’il adopta. Les maîtres flamands et le français Jean-François Millet l’ont influencé. Vers la fin de sa vie on le surnomma le Rembrandt américain.
Pas étonnant qu’il nous ait donné en 1870 un Scissors grinder, peinture qui est aujourd’hui au Fenimore Art Museum à Cooperstown dans l’État de New York.

Comme dans beaucoup de ses œuvres, des enfants sont représentés. On sait la fascination de la gente enfantine pour le rémouleur dans les siècles passés et cela sur tous les continents.
L’artiste a pris un plaisir artistique à peindre cette toute jeune fille de dos, nous montrant une natte en chignon surplombant des épaules découvertes, opposant la fraîcheur de la jeunesse à la rusticité de l’homme itinérant…
Les regards convergent vers la meule. Le banc de l’affûteur de ciseaux est protégé par une toile fixée sur les montants par des clous de tapissier, masquant ainsi la grande roue d’énergie. On ne sait donc rien de la mécanique mais, de toute évidence, ce n’est pas cela qui intéressait Eastman Johnson. On voit seulement une paire de grands ciseaux, une cloche de petites dimensions, des chiffons ainsi que des parapluies. Cela nous permet de rappeler que souvent le gagne-petit était aussi réparateur de ces instruments qui nous protègent lors des intempéries…
– Sur Eastman JOHNSON, voir Wikipedia, de préférence en anglais.

La déconvenue du père Brisquet

23 janvier 2011

LA VIE POPULAIRE, bi-hebdomadaire parisien (jeudi et dimanche), publie dans son édition du 26 décembre 1886, divers articles dont deux signés par des célébrités : l’un par Hector Malot et l’autre par Jean Richepin.
Ce qui nous intéresse davantage dans cette livraison, c’est le récit qui a pour titre LE RÉMOULEUR narré par Léon Brésil : un fait divers dans lequel est impliqué un rémouleur normand, le père Brisquet. Étant quasiment réduit au chômage dans sa Normandie natale, il décide, sur les conseils d’un vagabond, d’aller tenter sa chance à Paris. Au prix d’une longue marche, il arrive dans la capitale…
Ce qui est intéressant dans cet article assez bien écrit, c’est que l’on perçoit les difficultés d’un monde rural en transformation à la fin du XIXe siècle. La révolution industrielle bat son plein. Malgré le développement des moyens de transport, notre rémouleur doit quand-même gagner Paris en marchant pendant une semaine, métier au dos. La capitale, ça sera la fortune, pense-t-il. Effectivement, mais il ne soupçonne pas les pièges de la grande ville et le sang qui va maculer sa meule…

Couverture-La-vie-populaire-450px.jpg
Remarquez que ce récit fait la UNE de la publication avec une belle gravure comme en comportaient les journaux de l’époque. La scène est assez bien vue. Transporté à dos, le banc du rémouleur ne peut être que simple. Juste une observation : à quoi peut servir cette roue située sur le côté du bâti ? La mémoire fait parfois défaut aux illustrateurs dans la représentation des rémouleurs…
Quelques mots sous la gravure : – Aiguise mon couteau. (voir page 387).
Impératif ! Est-ce une menace ?
Vous avez peut-être envie de connaître la suite et la fin du récit ?
Si oui, cliquez sur l’image pour ouvrir le journal à la page 387 et connaître la raison de la déconvenue du père Brisquet, rémouleur normand.