Posts Tagged ‘solitude’

Akrigisto au Népal

21 novembre 2014

Ce jour, Philogène emprunte une superbe photo de 2012 qu’il vient de découvrir sur un blog bilingue : Esperanto-Français. D’où le titre de cet article, le terme akrigisto étant la traduction de rémouleur en Esperanto.

Népal Rémouleur

Selon la légende de la photo, ce rémouleur affûte un couteau népalais. Ce qui est intéressant, c’est la conception de son banc pour lequel on distingue deux parties :
1 — la mécanique, essentiellement métallique,
2 — le bâti et le siège, en bois.
— La mécanique utilise le principe de la bicyclette : pédalier, chaîne, roue dentée. La roue d’énergie est au plus simple : une croix en fer plat qui maintient le cercle de la poulie. La courroie est fine, elle fait tourner l’axe de la meule monté, comme l’axe de la grande roue, sur roulements à billes. Et la meule est d’un assez bon diamètre.
— Le siège est en bois avec deux montants, un devant, un autre derrière, reliés par un croisillon. L’assise doit être simple, probablement plate. La mécanique est fixée sur le montant avant.
Ce qui est étonnant sur ce banc, c’est l’association de deux parties, l’une technique (on n’ose pas dire sophistiquée), l’autre très rustique.
À priori l’ensemble est assez facilement transportable.
Merci à Luc Gouverneur l’auteur de cette belle photo pour laquelle, outre son aspect documentaire, nous n’oublions pas son caractère social. Elle reflète aussi, comme  souvent, la solitude du rémouleur et cela dans tous les pays du monde.
– Photo © Luc Gouverneur.
– Il faut voir la photo en grand format sur son blog, c’est ICI.

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La solitude du rémouleur, de René Leverd

16 juin 2014

Son père fut son premier maître, par la suite il en eut d’autres dont Jobbé Du Val, ce dernier connu entre autres pour un dessin de rémouleur. Robert Leverd (1872-1938) exposa ses œuvres dès 19 ans. Nanti d’une solide formation artistique, il exerça néanmoins les métiers les plus variés, dont reporter, avant de s’installer dans le sud de la France. Il se spécialisa alors dans l’aquarelle, domaine dans lequel il excella, produisant des milliers de croquis au fusain, au crayon et à la plume.

René Leverd Rémouleur

Ce dessin au crayon (dont on voit encore les traces) réhaussé à l’aquarelle d’un rémouleur est un beau cadeau que René Leverd nous a laissé. On est en ville, témoin le fût du lampadaire ainsi que la grisaille environnante, et pourtant on ne voit rien autour… Est-ce pour exprimer la solitude du rémouleur ? Légèrement penché sur son métier, vêtu d’une redingote et d’une casquette sombres, emmitoufflé, l’homme est concentré sur son ouvrage. L’outil de travail est simple, porté sur le dos lors des déplacements, les sangles l’attestent.
En résumé, une œuvre forte, un bel hommage aux rémouleurs, les hommes que nous honorons depuis longtemps ici.

– Collection particulière.
– Voir un autre article de ce blog sur la solitude du rémouleur ICI .

Arrotino à Lugano

3 octobre 2009

La scène se situe en Suisse italophone, dans les années 20. Cette carte postale est écrite au dos et le cachet de la Poste indique 1927.
Dans le canton du Tessin, il est une jolie ville située sur la rive nord du lac du même nom : Lugano. C’est la 3e place financière suisse et, grâce à son climat et à sa végétation luxuriante, un centre touristique important.
Le rémouleur, chapeau sur la tête, quitte la ville et emprunte la route de Castagnola, à l’époque une commune voisine, aujourd’hui quartier de Lugano. Au fond, le Monte San Salvatore qui domine la ville et le lac. L’homme pousse son banc à une roue, cette grande roue polyvalente qui est utilisée aussi pour le rémoulage, caractéristique des métiers des rémouleurs italiens avant que ceux-ci adoptent la bicyclette.

Lugano-remouleur-Solitude
À bien y regarder, l’homme est accompagné, il est suivi d’un enfant en bas âge, pieds nus dirait-on. Cependant, dans ce cadre pittoresque et grandiose, ces individus semblent bien seuls. La circulation ne doit pas être très dense même s’il y a quelques traces sur la chaussée…
Cette belle carte postale ancienne (avec ses niveaux de gris) nous renvoie à celle de Camprodon publiée le 20 août 2008. Cf notre article La solitude du rémouleur (lien direct).
Cliquer sur l’image pour afficher le rémouleur et l’enfant en grand format.

La solitude du rémouleur

20 août 2008

Belle carte postale du premier quart du XXe siècle.
Camprodon est une petite ville (2300 habitants) de la Catalogne espagnole, dans les Pyrénées, près de la frontière française. Elle est située dans un espace naturel de montagne de grande beauté. Elle possède d’importants monuments médiévaux, de la Renaissance et Art Nouveau. Le bourg a pour origine le monastère bénédictin de Sant Pere. C’est le lieu de naissance du compositeur Isaac Albeniz où un musée lui est dédié. Parmi les activités industrielles de cette bourgade, on note la fabrication de biscuits et de charcuterie dont plusieurs spécialités.
C’est sans doute pour aiguiser les couteaux de quelques ateliers de charcuterie que le rémouleur figurant sur cette carte postale était en tournée à Camprodon en ce début de XXe siècle. À l’instant de la photo, il semble en pause pour souffler quelque peu. Ou bien attend-il les clients ? On aperçoit au bout de la rue de St Roch quelques silhouettes mais la zone où se trouve notre repasseur est désespérément vide. Notre homme est seul effectivement et l’impression de solitude est encore accentuée par la voûte du premier plan qui semble peser sur le rémouleur et son métier. Une solitude que devaient connaître épisodiquement nombre de travailleurs itinérants lors de leurs tournées. Notons qu’il n’y a pas de roue pour déplacer le métier qui se portait alors sur le dos selon la tradition dans cette région montagneuse de l’Espagne.
Merci au photographe de l’époque
pour cette belle photo qui, sans le rémouleur, aurait moins d’intérêt malgré une grande profondeur et de belles valeurs de gris comme savaient les rendre les imprimeurs d’antan…
Pour compléter, voir notre article du 3 juin 2008 : EL AFILADOR ainsi qu’une superbe vue du pont de Camprodon (dont on voit l’une des voûtes ci-dessus), photo signée Braid44.