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Scherenschleifer – Allemagne – Années 20 ou 30

19 juin 2015

Philogène a acquis récemment en Allemagne cette photo amateur au format 6 x 9 à bords dentelés. Photo amateur en noir et blanc et de bonne qualité, même si les roues sont un peu coupées, comme savaient les prendre les appareils dits Box à cause de leur forme parallélépidédique de couleur sombre qui les faisaient ressembler à une boîte. Tous les grands fabricants d’appareils photographiques d’avant la deuxième guerre mondiale, Zeiss Ikon, Kodak, Lumière, Agfa, etc, en produisirent en quantité.

Scherenschleifer-Allemagne-Annee-20-30

En regardant la photo de près, on se rend compte que le banc de ce rémouleur a été fabriqué avec des éléments de récupération : roues de vélo dont il manque parfois des rayons, protections latérales, montants et traverses du châssis, etc. Ces aspects pourraient permettre de dater la période : niveau de vie faible voire pauvreté, restrictions, chômage d’où l’obligation de se tourner vers des petits boulots. Cela pourrait donc renvoyer aux années 20 et 30 en Allemagne mais aussi, pourquoi pas, aux années d’après guerre en Europe Centrale.
Malgré les difficultés de l’époque, le travail était sans doute bien fait. Les meules ont l’air de tourner rond comme la roue d’énergie. Néanmoins, on peut se demander comment le rémouleur déplaçait son banc : en le poussant certes mais de quel côté ? Si la petite roue était orientable sur un axe vertical, alors pas de problème, elle était en avant. Mais par ailleurs, à quoi pouvait servir cette grande poignée métallique (de poussette, de landau) à gauche du banc ?
Philogène Gagne-Petit est impatient de lire vos idées sur la question !

Allemagne orientale – 1917

24 juin 2011

C’est le 30 juin 1917 que la Poste allemande tamponne cette carte postale. L’auteur, d’une écriture fine, écrit à sa famille à Kiel, ville portuaire sur la Baltique. Il travaille dans une scierie implantée dans une région qui n’est pas décelable car comme on est en temps de guerre seul le tampon de la Poste aux Armées figure sur la carte. De par l’illustration du recto, un scherenschleifer comme l’indique la légende, on peut supposer que cette scierie se trouve en Allemagne orientale. À ce moment de la Première Guerre Mondiale, les allemands occupent un vaste territoire jusqu’à la frontière russe.

Scherenschleifer Europe centrale 1917

Pas étonnant alors que ce rémouleur s’apparente plutôt à ceux de Pologne ou des pays situés à l’est de l’Allemagne. Son banc d’aiguisage est typique de l’Europe orientale et pas du tout dans la tradition allemande.
Ce qui est étonnant, c’est l’inclinaison de la partie haute, dont l’axe des meules. Remarquer la pédale, qui est oblique, ainsi qu’une sonnette pour signaler la présence. Il semble que plusieurs éléments du châssis soient assemblés par des ligatures. Enfin, il n’y a pas d’eau car le repassage se faisait à sec. Ce banc est vraiment minimaliste.
– Pour voir d’autres rémouleurs d’Europe orientale, cliquer ICI et (articles publiés précédemment).

Bonne année avec le vieil almanach

31 décembre 2010

– Amis lecteurs, nous vous souhaitons une bonne année 2011.

C’est une page un peu jaunie d’un vieil almanach germanique avec les mois d’août et de septembre. Mais de quelle année ? De quel siècle ? XVIIIe, XIXe ou début du XXe ?
L’en-tête de chaque page (chaque mois) comporte au centre une gravure, scène de la vie quotidienne, à gauche un texte s’y référant et à droite les phases de la Lune.

Calendrier-germanique.jpg

Le mois de septembre est celui du rémouleur. Soulignons la qualité du dessin et l’humour qu’il distille notamment ce personnage filiforme qui s’éloigne avec une énorme paire de ciseaux. La technique d’impression est intéressante : les couleurs ont été obtenues par une rehausse, sans doute au pochoir comme pour les images d’Épinal. Pas de trame donc telle que dans les images imprimées d’aujourd’hui.
Quant au texte en vers rimés situé à gauche, c’est la complainte d’un pauvre scherenschleifer (repasseur de ciseaux) qui commence ainsi : – « Aujourd’hui ici, demain là-bas… »
– Format de la page : 23 x 16 cm. (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)
– Format de la gravure : 8 x 4 cm.

Calendrier-allemand-gravure.jpg

Scherenschleifer, Vienne 1910

7 septembre 2008

C’est un peu un miracle : dans les années 90 on trouve par hasard, dans un porte-folio, une série de photos de scènes de rues de la capitale autrichienne.
Ces clichés pris vers 1910 sont l’œuvre du Docteur Emil Mayer (1871-1938), avocat, homme passionné de photographie. Ses photos sont à l’époque publiées dans la presse ou éditées en cartes postales. On lui doit plusieurs découvertes, des inventions ainsi que des ouvrages sur la photo. Il acquiert une renommée internationale dans les années 30. En 1938, peu après l’Anschluss, annexion et occupation de l’Autriche par les nazis, la chasse aux juifs s’organise. Comprenant la situation, Emil Mayer et sa femme se suicident. La Gestapo détruit toutes ses collections. Destruction réussie : son nom ainsi que ses travaux tombent alors dans l’oubli.
1999 : conservées au Metropolitan Museum of Art et dans diverses collections, les clichés des Viennese Types sont édités aux États Unis sous la forme d’un beau livre qui respecte le format des 51 tirages originaux : environ 8 x 12 cm. On y découvre une partie de l’œuvre du Docteur Mayer ainsi que l’intimité et la vie qui émanent de ces photos prises sans pied, donc à la main et souvent appareil caché. Certains le comparent à Atget, voire à Cartier-Bresson : bel hommage posthume.
Emil Mayer n’avait pas oublié de fixer pour la postérité le Scherenschleifer des rues de Vienne en 1910.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir.
Planche 8 © extraite du livre Viennese Types (Wiener Typen) – Photographs c.1910 by Dr. EMIL MAYER. Blind River Editions. New York 1999.

Der scherenschleifer, de G. F. Cipper

10 juin 2008

scherenschleifer, remouleur, knife grinder, arrotinoBelle peinture de Giacomo Francesco Cipper (1664-1736), dit Il Todeschini, peintre d’origine autrichienne. Sa carrière se déroula principalement en Lombardie où il s’installa, à Milan, vers la trentaine. Cipper appartient à un courant naturaliste qui s’inscrit dans une tradition italienne nourrie d’influences nordiques. D’étonnants personnages hilares traversent son œuvre, figures grandeur nature d’un véritable théâtre pictural.

Ses représentations de scènes tirées de la vie quotidienne témoignent d’un souci de restituer scrupuleusement la réalité, tel ce remarquable tableau peint vers 1705/10.Outre les trois personnes qui assistent au travail du rémouleur, outre le singe hilare qui semble narguer le spectateur, la scène du rémouleur est remarquable. L’attitude de l’homme est très étudiée, très réaliste. Le métier est parfaitement représenté avec ses petits détails : meules de rechange selon les travaux à effectuer, petits outils divers, chiffon pour l’essuyage, tout y est. Quant aux canards dans la mare, ils créent un équilibre avec le singe du haut. Reste l’enfant, est-ce celui du rémouleur ? Il en est bien proche, assis à califourchon sur un bras du métier. Enfin les têtes des cinq personnages sont situées sur un arc de cercle quasiment concentrique avec la roue du métier. Superbe composition ! C’est un bel exemple de peinture de genre que nous offre Il Todeschini dans ce contexte lombard qui précéda les Lumières.
– Photo © Alte Galerie / Landesmuseum Joanneum, Graz
—> Cliquer sur l’image pour l’agrandir.